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31/05/2009

Suzan Boyle finit 2e à "Britain’s got talent"

Conte de fées des temps modernes ? Ou symbole d’une société cynique et « accro » aux feux de la rampe ? En quelques semaines, un phénomène planétaire a chamboulé à jamais la vie de Susan Boyle, chômeuse de 48 ans qui vit dans un petit village écossais. Difficile d’échapper à la vague médiatique qu’elle a déclenchée. 

Plus de 100 millions de personnes ont regardé le clip de sa performance sur YouTube, le site Internet rassemblant des vidéos. Et c’est sans compter les diffusions et rediffusions de sa chanson sur les télévisions et radios du monde entier. Une recherche de son nom sur Google n’apporte pas moins de 10 millions de réponses.

L’histoire débute le 11 avril. Ce soir-là, la chaîne de télévision britannique ITV diffuse « Britain’s got talent », une émission de télé-crochet où les candidats se battent pour convaincre le jury de leurs prouesses. Apparaît alors Susan Boyle : cheveux bouclés gris en bataille, généreux double menton, pommettes rougeaudes… Les deux poings posés sur la taille, elle fait face aux trois juges, qui lèvent déjà les yeux au plafond. « Quel est ton rêve ? » lance l’un d’eux. – J’essaye d’être une chanteuse professionnelle. – Et pourquoi ça n’a pas marché jusqu’à présent ? » relance le juge, une pointe d’ironie dans la voix. – On ne m’a jamais donné ma chance. Mais ça va changer », indique-t-elle en désignant les 3.000 spectateurs de la salle.

Une voix profonde et assurée, un talent évident
Elle ne croyait pas si bien dire. En entamant sa chanson, tirée de la comédie musicale Les Misérables, elle fait soudainement taire la salle d’où parvenaient quolibets et sifflements. Sa voix est profonde et assurée, l’émotion y passe, le talent est évident. Bouche bée, les juges n’en reviennent pas. Ils font leur mea culpa immédiatement après. « Quand vous étiez devant nous, avec votre sourire effronté, tout le monde riait de vous, estime Piers Morgan, l’un d’eux. Plus personne ne rit maintenant. »

La séquence dure sept minutes et sept secondes. Mais c’est suffisant pour lancer une incroyable tempête médiatique – plus de 10 millions de téléspectateurs regardent régulièrement l’émission. La presse du monde entier part à l’assaut de Blackburn, petit village du nord de l’Écosse où elle habite. Les paparazzi s’installent devant chez elle, les jeunes du coin demandent des autographes, les télévisions font la queue pour l’interviewer, le courrier des fans arrive par sacs entiers. 

Tout est passé au crible : son modeste pavillon aux murs grisâtres, sa minuscule pelouse bien coupée, le canapé vieillot de son salon, les bibelots posés sur la télévision, les vieux trophées remportés dans des compétitions locales de chant… Le pouvoir d’Internet aidant, les États-Unis sont rapidement sous le charme. Les talk-shows américains s’en emparent, jusqu’à ce que le plus connu de tous, celui de la reine du genre, Oprah Winfrey, l’invite : une véritable consécration dans le monde du show-business.

Pourquoi son talent n’a-t-il pas été détecté plus tôt ?
La vie de Susan Boyle débute pourtant loin des paillettes, le 1er avril 1961. Elle est la dernière d’une fratrie de neuf enfants. La naissance est difficile et Susan est brièvement privée d’oxygène, provoquant quelques dommages cérébraux. Risée de la classe, elle n’obtient aucun diplôme. Mais le chant s’impose rapidement dans sa vie. 

Dès l’âge de 12 ans, elle joue dans quelques productions scolaires. Elle veut tenter sa chance dans le monde de la musique et s’enrôle à l’école d’art dramatique d’Édimbourg. Mais ces nombreuses tentatives ne mènent à rien. À plusieurs reprises, elle enregistre des cassettes qui passent inaperçues. En 1999, elle se présente une première fois dans une émission de télé-crochet. Sans succès : le présentateur préfère jouer les pitres derrière son dos, faisant rire le public à ses dépens.

Pourquoi, malgré ces régulières tentatives, son talent n’a-t-il pas été détecté plus tôt ? Une partie de la réponse réside dans sa vie, qu’elle a consacrée à s’occuper de sa mère, veuve depuis presque 20 ans. Susan Boyle partage alors son existence entre l’Église catholique locale, où elle est très active, et sa maison. Le décès de sa mère il y a deux ans, à l’âge de 91 ans, lui a finalement donné l’occasion de tenter une nouvelle fois sa chance. Mais l’explication de son échec à convaincre jusqu’à présent ne s’arrête pas là. 

Gëzim Alpion est professeur de sociologie à l’université de Birmingham, spécialiste des phénomènes de célébrité – il a en particulier étudié celui de Mère Teresa. Pour lui, le problème est que Susan Boyle ne remplissait pas les critères recherchés par le monde du show-business. « Son apparence ne collait pas à sa voix. Les producteurs l’ont rejeté parce qu’elle n’offrait pas le “paquet” complet qu’ils voulaient vendre. »

Authentique
Alors, pourquoi son succès aujourd’hui ? Chris Dillow, auteur d’un blog, croit tenir l’explication : "C’est le contraste qui compte", entre le talent, invisible, et les aspects ingrats de la personne. Gëzim Alpion ajoute que cette femme, apparemment venue de nulle part, porte une part de rêve extraordinaire. "La télévision réalité donne l’impression que la popularité se démocratise. Cela donne un sentiment de prise de pouvoir à des personnes qui se sentent exclues. Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Pour une émission comme celle-là, il y a peut-être 10.000 candidats et un seul vainqueur. Les chances sont très limitées. "

Lesley Everett, qui dirige la société de "branding" personnel (autrement dit fabrication de sa propre marque) Walking Tall, confirme : « Elle inspire les gens, elle fait rêver. Mais ça ne marche que parce qu’elle est authentique. Rien n’est superficiel chez Susan Boyle. » Son conseil, en tant qu’experte en image : "Ne pas laisser ceux qui l’entoureront la changer." Cette façon de voir les choses agace prodigieusement Gëzim Alpion : "C’est très insultant de dire ça. " Pour lui, cela revient à affirmer que Susan Boyle est condamnée à ne pas s’offrir une nouvelle coupe de cheveux, ou des vêtements plus seyants. Prisonnière de son image, en quelque sorte.

L’autre danger qui guette Susan Boyle est de ne pas pouvoir supporter cette soudaine pression de popularité. Peut-on vraiment passer d’une vie de village isolée au déferlement médiatique actuel ? Les avis sur la question divergent, pour une raison simple : Susan Boyle , malgré les caméras, reste une inconnue. Si tout le monde sait désormais qu’elle "n’a jamais été embrassée", qu’elle vit avec son chat Pebbles, et que son père est décédé en 1990, personne n’a la moindre idée de ses émotions profondes. 

Force est cependant de constater qu’à chaque apparition médiatique, elle donne l’impression de prendre le phénomène avec plaisir et bonne humeur. "Elle n’est pas une novice, souligne Gëzim Alpion. Elle chante depuis l’âge de 12 ans, et a toujours espéré réussir dans ce domaine." Qu’elle ait gagné ou pas la finale ce samedi – le vainqueur est reparti avec la somme de 100.000 livres (115.000 €) –, sa popularité est désormais acquise. Un contrat avec une maison de disques lui est quasiment assuré. Il lui restera ensuite à apprivoiser cette nouvelle vie sous les feux de la rampe.
Sébastien MARTIN, à Londres

source: http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2374959&a...

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